Questions à Marc-André Christinat, PDG d'Affidea Suisse
Moneycab.com: Questions à Marc-André Christinat, PDG d'Affidea Suisse.
Monsieur Christinat, ces dernières années, Affidea est passée du statut de prestataire de services de radiologie à celui d’un réseau de soins ambulatoires diversifié. Qu’est-ce qui a motivé cette réorientation stratégique ?
Marc-André Christinat : Le marché suisse de la santé évolue à un rythme effréné. Il ne suffit plus de se concentrer exclusivement sur des prestations médicales isolées. Nos patients attendent aujourd’hui des soins fluides, simples et bien coordonnés. Le déclencheur a été la prise de conscience que l’imagerie diagnostique – notre cœur de métier de longue date – constitue la base permettant de relier de manière pertinente des spécialités médicales connexes. En proposant sous un même toit des parcours de soins intégrés, allant du dépistage précoce au diagnostic, en passant par le traitement et le suivi, nous créons une véritable valeur ajoutée médicale et dépassons les cloisonnements traditionnels du secteur ambulatoire.
Depuis votre nomination au poste de PDG en 2022, Affidea a réalisé de nombreuses acquisitions. Sur la base de quels critères décidez-vous quelles entreprises ou quels domaines d’expertise correspondent à Affidea ?
Marc-André Christinat : Notre stratégie d’expansion s’appuie sur notre vision médicale, et non sur la taille ou le volume. Nous recherchons des partenaires qui nous aident à mettre en place des parcours de soins ambulatoires plus solides et plus complets dans des domaines où Affidea dispose déjà d’une expertise approfondie : diagnostic, pathologie, consultations de spécialistes, prise en charge du cancer. L’excellence clinique est indispensable, mais la compatibilité stratégique l’est tout autant. Chaque acquisition doit soit renforcer un parcours de soins existant, soit combler une lacune évidente en matière de compétences, soit nous permettre de rendre un modèle de soins éprouvé accessible à davantage de patients et dans davantage de régions, élargissant ainsi l’accès à des soins de haute qualité. Nous recherchons de manière ciblée des établissements de premier plan, dotés d’une excellente gestion médicale, qui partagent notre vision d’une médecine de haute précision centrée sur le patient. La compatibilité culturelle est tout aussi importante. Nous souhaitons que les équipes médicales locales conservent leur force opérationnelle, tandis qu’Affidea leur apporte la taille, les technologies, l’infrastructure, la gouvernance d’entreprise et le soutien administratif qui leur permettront de se concentrer encore davantage sur les soins cliniques.
Affidea parle de « parcours de soins intégrés ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour les patients au quotidien ?
Marc-André Christinat : Concrètement, cela se traduit par des délais d’attente plus courts, l’absence de doublons dans les examens et une prise en charge sans rupture. Un patient chez qui l’on soupçonne une pathologie urologique ou une femme qui passe un dépistage du cancer du sein bénéficie d’examens d’imagerie, d’analyses tissulaires et du traitement specialisé qui s’ensuit – le tout coordonné au sein d’un réseau interconnecté. La circulation de l’information entre les radiologues, les pathologistes et médecins spécialistes s’effectue sans heurts, ce qui permet de prendre des décisions cliniques plus rapides et mieux fondées. Les patients n’ont plus à se débrouiller seuls dans un système de santé complexe, mais sont accompagnés par une équipe interdisciplinaire bien coordonnée, qui se concentre entièrement sur leur parcours de soins individuel.
De nombreux cabinets médicaux sont confrontés à des problèmes de succession. Affidea se positionne-t-elle également comme une solution pour les médecins qui ne trouvent pas de successeur ?
Marc-André Christinat : La succession est en effet l’un des défis structurels auxquels la médecine ambulatoire est aujourd’hui confrontée. Pour de nombreux médecins établis, il devient de plus en plus difficile de trouver un successeur prêt à assumer le risque entrepreneurial et l’énorme charge administrative liés à la gestion de son propre cabinet. Nous abordons cette question sous l’angle de la continuité des soins, de la qualité médicale et de l’accès à long terme pour les patients. Affidea Suisse peut être un partenaire stable pour les médecins. Notre rôle n’est pas de remplacer l’identité ou les atouts cliniques de ces cabinets, mais de préserver ce qui fait leur crédibilité sur le terrain, tout en les intégrant dans un réseau à vocation médicale.
Cela peut contribuer à réduire la charge administrative, à faciliter l’accès à la technologie et aux infrastructures, et à permettre aux médecins de se concentrer davantage sur les soins aux patients. En ce sens, la succession peut non seulement représenter une transition pour le médecin, mais aussi une opportunité de renforcer à long terme les soins ambulatoires dans la région.
Avec Uroviva, les Urologues bernois, le Centre du sein de Zurich ou l’IHD, vous avez repris de manière ciblée des réseaux spécialisés. Quelles spécialités vont-elles être privilégiées ensuite ?
Marc-André Christinat : Nos dernières initiatives – telles que l’intégration de l’Institut de diagnostic histologique et cytologique (IHD), des centres Uroviva et de Berner Urologen AG – montrent clairement que nous avons renforcé les domaines de l’oncologie, de l’urologie et de la pathologie intégrée. Prochainement, nous souhaitons développer davantage ces centres de compétences performants et hautement spécialisés – à l’image de notre modèle bien établi en matière de médecine du sein et de la prostate – et les étendre à d’autres régions de Suisse où il existe un besoin manifeste de la part des patients. Des spécialités telles que la gastro-entérologie, la neurologie et la cardiologie, étroitement liées à nos services de diagnostic, restent pour nous une priorité stratégique.
Avez-vous des objectifs chiffrés concrets en termes de sites, d’effectifs ou de parts de marché ?
Marc-André Christinat : Pour nous, la taille n’est pas une fin en soi, mais un moyen de garantir des soins médicaux de haute qualité et leur accessibilité. Nous exploitons actuellement 39 centres et 4 laboratoires en Suisse, avec environ 900 collaborateurs. Notre objectif est une croissance saine et axée sur la qualité. Nous souhaitons nous positionner dans les régions clés que sont la Suisse alémanique, la Suisse romande et le Tessin, de manière à ce qu’Affidea devienne un partenaire de confiance dans le domaine des soins ambulatoires pour les patients, les médecins et les communes. Il n’y a pas d’objectif rigide, purement chiffré ; la qualité, la pertinence et la cohésion du réseau priment toujours sur la quantité.
Affidea traite aujourd’hui plus de 260 000 patients par an en Suisse. Comment vous assurez-vous que la qualité médicale ne souffre pas de cette expansion ?
Marc-André Christinat : En associant une direction médicale forte à des systèmes de qualité standardisés et à une autonomie clinique là où cela est le plus important. En coulisses, nous mettons en œuvre des protocoles cliniques de pointe et disposons d’un système de gestion de la qualité rigoureux, applicable à l’ensemble du groupe, qui fait l’objet de contrôles réguliers. Parallèlement, nous investissons en permanence dans la formation continue de nos plus de 130 médecins et de notre personnel spécialisé. Notre taille nous permet en outre d’investir de manière systématique dans les toutes dernières technologies médicales – ce dont chaque patient bénéficie directement grâce à une plus grande précision, un confort accru et des soins plus efficaces.
Vous misez fortement sur l’intelligence artificielle dans le domaine du diagnostic. Où voyez-vous aujourd’hui déjà le plus grand intérêt pratique de l’IA dans la pratique médicale quotidienne ?
Marc-André Christinat : L’IA fait depuis longtemps partie de notre quotidien, notamment en tant que système d’assistance en arrière-plan. Son principal avantage pratique réside actuellement dans l’amélioration de l’efficacité, de la cohérence et de la précision. Lors des examens IRM ou scanner, l’IA nous aide à minimiser le bruit de l’image et à réduire considérablement la durée des examens, ce qui améliore le confort des patients. En matière de diagnostic, l’IA fait office d’une « deuxième paire d’yeux » extrêmement rapide et fiable : elle met en évidence les anomalies sur les mammographies et permet à nos radiologues d’analyser les cas complexes avec encore plus de précision et de concentration.
Selon vous, où se situent les limites de la technologie de l’IA, et quelles tâches doivent impérativement rester du ressort du médecin ?
Marc-André Christinat : Les limites sont atteintes dès lors que l’empathie, la connaissance du contexte et la responsabilité médicale finale sont requises. L’IA fournit des données et des probabilités, mais elle ne remplace ni les diagnostics, ni la responsabilité clinique, ni les conseils prodigués en toute confiance aux patients. Seul un médecin est capable de synthétiser les antécédents médicaux, les symptômes, les préoccupations du patient et son expérience clinique pour prendre une décision fondée. La décision médicale finale et le contact direct et empathique avec le patient doivent rester – et resteront – entièrement, à 100 %, du ressort du médecin.
Quelles différences observez-vous entre la Suisse romande, où Affidea est historiquement très bien implantée, et la Suisse alémanique, où vous avez récemment connu une croissance particulièrement forte ?
Marc-André Christinat : La Suisse romande et la Suisse alémanique se distinguent par leurs structures de marché locales. Alors que nous sommes solidement implantés en Suisse romande en tant que partenaire établi et intégré, le marché en Suisse alémanique était plus fragmenté. En ce qui concerne notre récente croissance en Suisse alémanique – notamment grâce à des acquisitions dans les régions de Zurich, d’Argovie et de Berne –, nous constatons une grande ouverture d’esprit envers des réseaux professionnels et bien coordonnés qui soutiennent les médecins, réduisent la charge administrative et améliorent l’accès aux soins pour les patients. Les attentes des patients en matière d’excellence du service et de rapidité des résultats sont toutefois tout aussi élevées dans toutes les régions linguistiques : les patients souhaitent une qualité médicale exceptionnelle, des résultats rapides et un déroulement sans heurts.
Vous avez vous-même une formation en finance et, avant de devenir PDG, vous étiez directeur financier d’Affidea. Comment cette expérience influence-t-elle votre philosophie de gestion dans un contexte médical ?
Marc-André Christinat : En tant qu’ancien directeur financier, j’ai appris à aborder les processus de manière structurée, durable et fondée sur les données. Dans le milieu médical, cela m’aide à définir les conditions-cadres de manière à ce que les ressources soient affectées là où elles apportent le plus grand bénéfice : aux patients et au personnel médical. Ma philosophie de direction repose sur le principe de l’« empowerment ». Je ne considère pas que mon rôle consiste à prendre des décisions médicales, mais plutôt à créer les conditions permettant à nos médecins et à notre personnel soignant de se concentrer pleinement sur les soins aux patients. Une structure financière solide est un fondement essentiel qui permet d’offrir des soins de haute qualité, accessibles et durables.
À propos de lui :
Marc-André Christinat est à la tête d’Affidea Suisse en tant que PDG depuis mars 2022. Sous sa direction, l’entreprise – qui fait partie du groupe Affidea dont le siège social est situé à Bulle, en Suisse – est devenue un acteur majeur sur le marché national de la santé. M. Christinat a rejoint la direction d’Affidea Suisse en 2018 en tant que directeur financier. À ce poste, il a, pendant quatre ans, favorisé la professionnalisation des processus internes, renforcé la résilience financière du groupe et accompagné les premières étapes majeures de son expansion. Le 1er mars 2022, il a été nommé par le conseil d’administration au poste de PDG pour l’ensemble des activités suisses. Sous sa direction, Affidea Suisse poursuit une stratégie de croissance qualitative par le biais d’acquisitions stratégiquement ciblées. Avant de rejoindre Affidea, Christinat avait déjà bâti une carrière de plus de 15 ans dans le secteur financier. Il a acquis de l’expérience dans des environnements dynamiques, principalement dans le secteur de la santé suisse et international. Christinat a étudié la gestion d’entreprise à l’Université de Lausanne (HEC), où il a obtenu un Master of Science en finance et gestion. Afin de compléter ses connaissances en matière de gestion, de direction et de finance par une compréhension approfondie des mécanismes spécifiques du secteur de la santé, il a complété sa formation en gestion d’entreprise par un Certificate of Advanced Studies (CAS) en gestion de la santé à l’Université de Lausanne.
